La loi PACTE est-elle bénéfique aux Très Petites Entreprises

Posted yves Communication, INFO

« Une pierre majeure dans la transformation du modèle économique français ».Voilà comment Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des finances, voit le Pacte (plan d’action pour la transformation et la croissance des entreprises), présenté en Conseil des ministres lundi 18 juin 2018.

Une loi, élaborée durant plusieurs mois avec, notamment, l’appui de patrons d’entreprise, qui vise à aider les sociétés à se développer et à créer de la croissance. « Pacte, c’est une ambition : libérer la croissance française et gagner un point sur le long terme (après 2025) », a-t-il déclaré.

Pour atteindre cet objectif, le projet de loi se décline en trois volets complémentaires qui visent respectivement à libérer les structuresrelancer l’investissement dans l’innovation et la croissance et, enfin, protéger l’entreprise et mieux associer les salariés aux résultats.

Voici, concrètement, les mesures envisagées sur ces trois volets qui seront examinés en commission en septembre 2018 puis en séances publiques à l’automne, avant une adoption espérée « début 2019 ».

Le projet en version courte ? 

1. Libérer l’entreprise

Libérer l’entreprise passera en premier lieu par la modification des seuils sociaux. Le point le plus saillant concerne la suppression de certains seuils et le passage à trois désormais : 11, 50 et 150 salariés. De quoi, notamment, libérer l’embauche dans les entreprises.

Ainsi, la participation de l’employeur à l’effort de construction de logements, le taux plein pour la contribution au fonds national de l’aide au logement ou encore l’obligation d’un règlement intérieur dans l’établissement seront, entre autres, rehaussés à 50 salariés. 

Par ailleurs, les obligations fiscales et sociales des entreprises ne seront effectives qu’à partir du moment où le seuil sera franchi pendant cinq années civiles consécutives. « Le seuil à cinq ans était très clairement une demande des PME », précise Bruno Le Maire. Bercy envisageait plutôt, au démarrage, un seuil à trois ans. Une façon, notamment, de fluidifier la croissance des entreprises.

En revanche, le seuil d’obligation d’emploi de personnes en situation de handicap n’est pas modifié.

Pour libérer les entreprises, le projet de loi Pacte vise également à simplifier les démarches de création. Cet objectif repose sur la création d’un guichet unique électronique pour remplacer les CFE (centres de formalités des entreprises) à horizon 2021.

Il est aussi envisagé, à la même échéance, la mise en place d’un registre général des entreprises remplaçant les registres existants, comme le répertoire national des métiers. Une plateforme en ligne unique sera ainsi mise en place progressivement. Une façon, entre autres, de supprimer les coûts redondants liés à une double immatriculation.

Dans la même lignée, l’idée est aussi de favoriser le développement des entreprises artisanales et des PME en réduisant les coûts qui pèsent sur elles.

Pour les artisans, le stage préalable à l’installation, aujourd’hui obligatoire, sera rendu facultatif, et pourra être réalisé après l’installation. Le coût de ces stages s’établit en moyenne à 400 euros (incluant le prix du stage et le manque à gagner) pour les entreprises.

Pour les créateurs d’entreprise, les conditions pour publier une annonce légale au moment de la fondation de leurs structures évoluent. Le régime des annonces judiciaires et légales -la dénomination complète du dispositif- sera modernisé au travers d’une tarification au forfait. Tandis que la démarche revient aujourd’hui à 200 euros en moyenne, l’idée est de réduire le coût de la démarche pour les entreprises.

Autre point : les seuils de certification des comptes seront alignés sur les seuils européens, plus élevés. L’idée est, comme en Europe, de « réserver » la démarche aux sociétés qui ont un bilan supérieur ou égal à 4 millions d’euros, enregistrent un chiffre d’affaires HT supérieur ou égal à 8 millions d’euros et emploient 50 personnes ou plus. Seules celles qui remplissent deux de ces trois conditions devront faire certifier leurs comptes. Une démarche facultative pour les autres. Il en coûte en moyenne 5500 euros par an à une société.

L’idée du projet de loi est également de donner les clés aux entrepreneurs pour mieux rebondir après un échec ou transmettre leur entreprise. Ainsi, la liquidation judiciaire simplifiée, plus courte que la procédure habituelle -six à quinze mois selon la taille de l’entreprise et son chiffre d’affaires, contre deux ans et demi en moyenne- deviendra la norme pour les entreprises de moins de cinq salariés.

Pour faciliter la transmission d’entreprise, notamment les entreprises familiales, le pacte Dutreil sera simplifié. Par exemple, il sera plus facile, entre membres du pacte, de se céder des titres.

Enfin, la reprise par les salariés sera facilitée, notamment en supprimant le seuil de salariés minimum permettant, dans le cadre d’une reprise, de bénéficier d’un crédit d’impôt visant à rendre cette reprise plus accessible.

2. Relancer l’investissement dans l’innovation et la croissance

Si le projet de loi Pacte veut simplifier la vie des entreprises, il souhaite aussi lever des obstacles à leur croissance en facilitant l’accès à des financements diversifiés.

Le projet de loi propose de renforcer l’attractivité du PEA-PME via le crowdfunding. Objectif? Orienter encore plus d’épargne vers les PME. Concrètement, les titres émis dans le cadre du financement participatif tels que les obligations à taux fixes et les minibons seront désormais éligibles au PEA-PME.

Il prévoit également un encadrement des ICO (Initial Coin Offering ou offres de jetons virtuels), avec la possibilité pour l’AMF de délivrer un visa aux acteurs respectant des critères de protection des épargnants. L’AMF pourra par ailleurs exiger que les émetteurs se dotent d’un statut de personne morale et qu’ils mettent en place un dispositif d’identification et de connaissance du client. La liste des entreprises respectant les critères de l’AMF constituera ainsi un repère pour les investisseurs qui souhaitent financer des projets sérieux.

Autre mesure phare: une simplification de l’épargne retraite pour l’orienter vers des placements de long terme mais aussi et surtout vers le financement des entreprises. Chaque épargnant pourra ainsi conserver et alimenter son produit d’épargne tout au long de son parcours professionnel et la sortie en capital sera facilitée. La possibilité de déduire de l’assiette de l’impôt sur le revenu les versements volontaires des épargnants sera généralisée à l’ensemble des produits de retraite supplémentaire.

« Les règles de déblocage seront les mêmes pour tous les produits, et une option de réversion (qui permet que la rente soit reversée au conjoint en cas de décès du bénéficiaire) sera proposée pour protéger les salariés« , a assuré Bruno Le Maire, lundi 18 juin 2018.

Si micro-entrepreneurs et PME trouveront leur compte parmi les 70 articles de la loi Pacte, les artisans, commerçants et dirigeants de TPE n’y récolteront que des outils de simplification destinés à… leur liquidation !

Les échanges avec Bercy le confirment : le projet de loi Pacte favorise à titre essentiel, sinon exclusif, les micro-entrepreneurs en activité partielle, ainsi que les entreprises moyennes et grandes.

Hors le cas particulier des start-up, aucun dispositif ne permet de valoriser le gisement de croissance et d’emplois que constitue le segment des artisans, commerçants, chefs d’entreprises de moins de 20 salariés, soit 98% des entreprises.

Un détricotage méthodique des dispositifs d’équilibre entre les différentes formes d’exercice d’entrepreneuriat individuel

La mission Grandguillaume de 2013 sur l’auto-entrepreneuriat (devenu micro-entrepreneuriat depuis) entendait mettre un terme à des déséquilibres concurrentiels dénoncés par les professionnels de l’artisanat notamment.

La loi Pacte supprime le stage préalable à l’installation en chambre de métiers ainsi que l’obligation de détenir un compte bancaire dédié à l’activité.

Même les organisations de micro-entrepreneurs ne sont pas entièrement convaincues. Ainsi, à la vision entrepreneuriale du micro-entrepreneur informé et structuré, préparé à assumer la croissance de son activité, s’oppose celle de l’émergence d’une classe de travailleurs indépendants pauvres (70% des micro-entrepreneurs réalisent un chiffre d’affaires annuel inférieur à 5.000€). Cette dernière vision est manifestement privilégiée par le gouvernement, malgré la bombe à retardement qu’elle représente à terme pour la protection sociale dans toutes ses composantes, maladie et retraite notamment.

Le gel de seuils d’effectifs… loin d’être atteints par l’immense majorité des TPE !

Le projet de loi Pacte propose propose de geler pendant une durée de cinq ans les effets du franchissement de certains seuils, notamment ceux de 10, 20 et 50 salariés. Il convient de souligner ici que seuls les effets liés aux charges financières induites sont gelés, à l’exclusion des conséquences sociales telles que la mise en place d’institutions représentatives du personnel à partir de 11 salariés.

Or, à tort ou à raison, le frein fondamental du responsable d’une entreprise de 10 salariés en croissance est moins le coût marginal induit par un salarié supplémentaire que la crainte de devoir cogérer son entreprise avec un représentant d’une organisation syndicale de salariés à l’occasion des réunions régulières, obligatoires sous peine du « délit d’entrave« , pénalement sanctionné.

En tout état de cause, la première question à soulever concernant la croissance des entreprises de moins de 11 salariés relève en premier lieu des moyens à mettre en œuvre pour hisser à ce seuil les 85% de TPE qui emploient entre 1 et 5 salariés.

La question du financement abordée sous un angle très éloigné des besoins des TPE

Avec la loi Pacte, le gouvernement a beaucoup travaillé sur la question du haut de bilan, sur le renforcement des fonds propres des entreprises de croissance, en omettant singulièrement d’aborder la question des frais financiers de nature bancaire liés aux besoins en fonds de roulement exprimés essentiellement par les artisans, commerçants et responsables de TPE.

La problématique, reconnue par les pouvoirs publics depuis des années, de la multiplication des frais bancaires sur comptes courants, et plus particulièrement les comptes courants débiteurs, ne sera traitée que pour les particuliers… au sein d’une loi destinée aux entreprises !

C’est oublier que la pérennité de l’activité d’une petite structure entrepreneuriale passe bien souvent par la stabilisation de ses frais bancaires, avant qu’elle ne puisse devenir une PME puis une ETI et envisager ainsi la question de son haut de bilan. En ne traitant que les effets on en oublie les causes…

Si la loi Pacte ne contient aucun outil pour la croissance des artisans, commerçants, dirigeants de TPE de moins de 20 salariés, elle simplifie en revanche leur cessation d’activité par le biais de l’extension de la procédure de liquidation judiciaire simplifiée. Où est la croissance et la transformation quand on ne traite par la simplification que l’éventuel décès de nos TPE ? Faut-il y voir un signe ?